Vieilles pierres, tourisme dynamique, centre-ville aménagé, aéroport à cinq minutes : la ville a tout pour plaire, pourtant, les primo-accédants la boudent et s’éloignent. Pourquoi ?

TEXTE : ALICE DERNOS | PHOTOS : Daniel Bozec / Shutterstock

Sur le papier, la ville de Bergerac a tout pour plaire : un patrimoine historique et culturel flamboyant, un tourisme hyperactif, un effort intense pour la relance du centre-ville, un aéroport situé à cinq minutes en voiture et un marché immobilier attractif. Pourtant, différents facteurs ont, ces derniers mois, conduit à une imperceptible désaffection de l’habitat bergeracois de la part des primo-accédants, au profit de secteurs situés en
périphérie (Monbazillac, Lembras ou Prigonrieux, par exemple).
« La clientèle jeune n’a rien contre les biens disposant d’un peu plus d’espace », note ainsi
l’Agence Paul (Orpi). Parallèlement, de plus en plus de retraités, soucieux d’un quotidien plus pratique, émettent le souhait de se rapprocher des infrastructures citadines et vendent leur maison. « Après avoir beaucoup monté en 2016-2017, l’immobilier est revenu à un niveau plus raisonnable, observe ainsi Jean-Paul Seyrat, de l’Agence Viaud. Intra-muros, un pavillon d’environ 100 m2 se vend par exemple entre 120 000 et 160 000 €. »
Un appartement de la même superficie, lui, est mis sur le marché à un prix moyen de 138 000 €.

INVESTISSEURS BORDELAIS
Si les agents immobiliers disent travailler « plutôt bien » – notamment avec une population qui compte 73 % de locataires (compter entre 5,40 € et 8,70 € de loyer mensuel moyen/m²) –, les fermetures successives de plusieurs commerces du cœur de ville, concurrencés par les centres commerciaux ouverts à la sortie de Bergerac (La Cavaille ou Les 3V, à Creysse), en ont refroidi certains. Pour la première fois depuis longtemps, cependant, « il y a eu cette année autant d’ouvertures que de fermetures de boutiques », fait remarquer l’élu Christian Bordenave, délégué à l’urbanisme et au logement à la mairie de Bergerac.

LA VILLE PEAUFINE L’AMÉNAGEMENT DU PORT ET DU CENTRE HISTORIQUE, AVEC
UNE PROMENADE VERTE ET UNE FUTURE MAISON DES VINS ET DU TOURISME

Plusieurs investisseurs privés bordelais, quant à eux, se plaisent à racheter et à rénover des immeubles entiers du centre-ville, destinés ensuite à la location.
D’aucuns avaient aussi beaucoup misé sur l’ouverture en septembre dernier, rue de la Résistance, d’une Fnac flambant neuve de 600 m² pour doper l’attractivité du quartier. « C’est un atout évident, note un expert immobilier. Mais pas suffisant. »
La Ville, de son côté, peaufine l’aménagement du port et du centre historique, avec une promenade verte, une future Maison des vins et du tourisme, ainsi que la transformation de la rue des Récollets, des places Cayla et de la Myrpe.

L’aéroport de Bergerac, lui aussi, en a pris de la graine. Après une baisse de régime en 2018, compensée par une affluence record en juin de la même année, décision a été prise de se recentrer sur les vols intérieurs (davantage de rotations BergeracNice et nouvelle liaison Bergerac-Lyon) et de multiplier par deux la surface du hall d’arrivée.
De quoi rappeler aux pros de l’immobilier que 10 % des biens situés en Dordogne sont acquis par des étrangers. « Sans doute freinés par le Brexit, beaucoup d’Anglais vendent, admet Jean-Paul Seyrat. Mais les Belges, les Hollandais et même les Allemands restent très friands de notre région. »