La montée des prix amorcée les deux années passées se poursuit. Les familles au budget limité ont de plus en plus de difficultés à trouver et acquérir leur logement principal

Texte et photo : YOANN CAMBEFORT

Connaissez-vous l’histoire du retraité francilien qui vend son appartement parisien et vient s’installer à La Rochelle ? Il existe vraiment. Il, ou plutôt elle, s’appelle Béatrice, 66 printemps. Son mari, Bruno, en a 68. Tous deux vivaient encore à Asnières dans les Hauts-de-Seine il y a à peine un an. « On ne se voyait pas passer notre retraite en région parisienne, confie Béatrice. J’avais besoin d’air et de lumière. » C’est à La Rochelle qu’elle les a trouvés. Une ville « belle » et « culturelle » et « ouverte sur la mer », selon ses mots. Une fois son T4 de 80 m2 vendu pour 545 0000 €, le couple l’a troqué contre un 125 m2 avec terrasse, garage et ascenseur, en bon état, affichant 435 000 €. Dans le très demandé quartier de la Genette.

« Les arrivants recherchent un confort de vie, de la sécurité, de l’animation et une facilité de circulation, explique Olivier Foix, responsable de l’agence La Rochelle ouest Arthurimmo.com. Un idéal de vie qui amène plutôt dans le centre. » Béatrice et Bruno sont loin d’être un cas isolé. Leurs semblables néorochelais se multiplient à une vitesse digne de celle de la ligne de che- min de fer qui relie la capitale à notre chère région. Conséquence : le marché immobilier de La Rochelle vit une augmentation des prix régulière et, pour le moment, sans limite.

« Depuis deux ans, on voit arriver de nombreux acheteurs, retraités mais aus- si jeunes actifs urbains, financièrement plutôt aisés, concède Romain Crépaud, directeur de Century 21, agence du centre-ville. « Comme la quantité de biens disponibles est limitée, la hausse est mécanique. Et ça ne va pas s’arrêter de sitôt », augure Me Guibé, notaire en Charente-Maritime.
Cette tendance n’est pas réservée à l’hypercentre et ses 12 % d’augmentation

« IL FAUT ÊTRE PRÊT À S’EXCENTRER ET REJOINDRE UN QUARTIER À LA RÉPUTATION MOINS ATTRAYANTE »

en 2018. On le constate aussi à Fétilly, et même Porte-Royale, où Florian, Justine et leurs deux enfants sont par- venus à s’installer il y a un an et demi pour 210 000 € dans une maison de 83 m2 avec trois chambres. Mais, à ce tarif-là, ils ont dû tout refaire à l’intérieur. Facture : 80 000 €.
« Pour trouver son bonheur, il faut être prêt à s’excentrer et rejoindre un quartier à la réputation moins attrayante », conseille Geoffroy Marchal, responsable de secteur à la Bourse de l’immobilier.

Ces coins moins attrayants sont les quartiers dits populaires, avec leurs constructions des années 60-70 et leurs nombreux logements sociaux. Ils s’appellent Mireuil, Villeneuve-les- Salines ou Port-Neuf, plus près de la mer. « On ne se bat pas pour y habiter en général, reprend Romain Crépaud. Il est donc possible de trouver des logements assez spacieux pour un bud- get inférieur à 250 000 €. » Et même parfois beaucoup moins.

Laura, 31 ans, employée dans le privé, a trouvé son bonheur pour 90 000 €. Un T3 de 56 m2, au quatrième étage sans ascenseur, à Mireuil. « C’est sûr que la vue, sur des barres d’immeubles, n’est pas la plus belle. Mais je m’y sens bien. C’est moins bruyant que d’autres coins du quartier un peu plus loin. »

Même constat pour Christophe et Anne-Sophie, un couple de trentenaires primo-accédant avec un bébé, qui a acheté en 2018 dans un lotisse- ment de Villeneuve-les-Salines. « On est à quinze minutes à pied du centre- ville, il y a des espaces verts. C’est peinard ! » Pour 200 000 €, ils occupent un pavillon de 94 m2, avec trois chambres, qu’ils ont tout de même dû rafraîchir. Trouver sa perle est donc possible, mais elle n’en reste pas moins rare et difficile à dénicher.
« Ce n’est jamais gagné d’avance. Chaque bien est très demandé », insiste Geoffroy Marchal. « Il faut en général attendre plusieurs mois et savoir être opportuniste », appuie Olivier Foix. « Il s’agit donc d’être à l’affût, attentif et ensuite d’être très réactif ou être prêt à certains sacrifi ces », conseille Romain Crépaud. » Vous êtes prévenu.