cuisines

Qu’elle soit « intégrée » ou de bric et de broc, la cuisine est un espace de vie où l’on ne fait pas que mijoter de bons petits plats. Deux particuliers nous ont ouvert leur maison : deux ambiances, deux styles à découvrir

Le « sur mesure », façon Bulthaup

Denis Thomas est architecte d’intérieur et travaille pour la marque Bulthaup, à Bordeaux (1) depuis 2002. Ce qu’il aime dans son métier ? Essentiellement le contact avec les gens et la possibilité de prendre le temps, avec ses clients, d’élaborer une cuisine sur mesure, depuis le plan initial jusqu’au produit fini. « Le premier contact peut durer trois heures et il n’est pas rare qu’on ait une cinquantaine de rendez-vous selon l’exigence et l’implication du client. Sur une durée qui peut aller de 4 mois à 2 ans, en moyenne ».
La marque allemande, dont les magasins ont essaimé dans le monde entier, est à l’origine une entreprise familiale fondée après guerre, dans les années 1950. Martin Bulthaup, lorsqu’il se lance, en 1951, dans la fabrication de buffets de cuisine, accorde déjà une grande importance à la qualité des matériaux et des finitions. A cette époque, la cuisine intégrée n’existe pas encore. Il faut attendre 1970 pour qu’elle fasse son apparition : le projet « Type 1 », de Bulthaup, a des airs de vaisseau spatial où la maîtresse de maison s’apparente à un capitaine sur le pont du « micro-ondes ». Dans les années seventies, la cuisine du futur ne se conçoit pas comme un endroit où l’on mitonne de bons petits plats. Encore moins comme un espace de vie. Elle est juste bonne à réchauffer des plats tout préparés.

Design intemporel

1976 : changement de cap et début d’une nouvelle époque radicale avec Gerd Bulthaup, le fils du fondateur, qui apporte avec lui son amour de l’architecture et la philosophie du Bauhaus. Design intemporel : l’idée est de simplifier les formes, d’épurer, de standardiser. Il s’agit de penser en priorité la fonctionnalité de l’objet avant son aspect décoratif. Petit à petit, la marque allemande s’impose comme le leader sur le marché des cuisines design, et surtout, comme un produit d’exception. « Avec la crise pétrolière de 1973, beaucoup de nos confrères ont cherché à rogner sur les coûts. Mais Bulthaup a fait le choix de ne pas baisser en gamme et en qualité », explique Denis Thomas. « Chez Bulthaup, on a toujours cherché à être précurseur dans la manière de penser la forme. » Si Denis Thomas est un bon ambassadeur de la marque, son client (qui a bien voulu nous ouvrir sa porte sans toutefois dévoiler son identité) ne l’est pas moins. C’est la deuxième fois en quinze ans qu’il fait appel à un architecte d’intérieur de la marque allemande. Et il est enthousiaste. A la fois sur le produit et sur les personnes qui se sont occupées de lui. « De vrais professionnels qui posent les bonnes questions pour savoir exactement ce que vous voulez : quelles sont vos habitudes ? Combien de fois cuisinez-vous par semaine ? Que cuisinez-vous ? Stockez-vous beaucoup de bouteilles d’eau (ou de vin !) dans votre cuisine ?» Car, avant d’être un produit d’exception, la cuisine Bulthaup est avant tout fonctionnelle et élaborée en tenant compte de ce que le client est en droit d’en attendre : rangement, circulation, ergonomie, répartition des points clé de la cuisine que sont la cuisson, le point d’eau, le froid… C’est bien pour cela que les interlocuteurs que l’on rencontre chez Bulthaup sont des architectes d’intérieur avant d’être des commerciaux…
(1) Bulthaup, showroom 34 place des Martyrs de la Résistance, à Bordeaux. Tél. 05 56 51 08 66. www.bulthaup.com. La boutique a été récemment rachetée par Agora Mobilier, 17 cours Georges-Clemenceau à Bordeaux.

Le capharnaüm de la droguiste

Dans la cuisine de Valérie Domas, « l’îlot central », c’est une table en bois du presbytère d’Andernos, chinée à Saint-Michel à Bordeaux. La cafetière était à sa grand-mère. Les bonbonnes d’eau de Cologne, qui trônent sur l’étagère au dessus du Frigidaire, proviennent de la petite droguerie qu’elle tenait rue Costedoat à Bordeaux de 2000 à 2003. « Ici, je n’ai que des choses qui ont vécu ». Quand on parle à Valérie de cuisine intégrée, elle s’indigne : « Jamais ! C’est totalement impersonnel, aseptisé, ça ne vit pas. La seule qui pourrait me plaire, à la rigueur, c’est le premier modèle des années 1970 en Formica. Et encore, je ne pourrais pas m’empêcher de la « relooker » à ma sauce ! » La cuisine, chez cette quadra dynamique qui tient la droguerie familiale centenaire Pey-Berland (1), à Bordeaux, c’est une histoire de famille. « Chez moi, ça a toujours été la pièce à vivre, que ce soit à la campagne, chez mes grands-parents, ou en ville, chez mes parents.
J’ai grandi dans la cuisine au dessus du magasin. La salle à manger était réservée aux repas de fête avec les invités. »

La campagne en ville

Aujourd’hui, chez elle, c’est sur la table de la cuisine, face à la cheminée, que se retrouvent les copains autour d’un verre ou d’un repas. C’est aussi là que les enfants font leurs devoirs. La vaisselle a trouvé sa place dans l’armoire dans laquelle sa grand-mère rangeait autrefois le linge. Un doux capharnaüm. Du bois, du vieux carrelage, du plancher, un feu qui crépite dans la cheminée : il y a quelque chose de campagnard dans cette cuisine en ville. Avec cette petite touche en plus : un réchaud extérieur dans le jardin, surmonté de ses vieilles poêles. « La friture, c’est dehors, été comme hiver. Je ne supporte pas les odeurs de graisse. » Un autre type de cuisine sur mesure, en somme. Et unique en son genre.
(1) Droguerie Pey-Berland, 28 rue des Trois Conils à Bordeaux. Tél. 09 81 12 19 57.
Sophie Liskawetz / Photos : Quentin Salinier