Bois local

Chênes, châtaigniers, peupliers et pins maritimes sont les essences des forêts de la région. Leur utilisation se diversifie avec une place grandissante pour le mobilier et la décoration.

Pour les menuisiers le pin maritime a longtemps eu mauvaise réputation. La construction n’en voulait pas et se tournait allégrement vers des essences en provenance de Norvège ou de Finlande. Son bois n’était pas considéré comme noble et difficile à travailler car truffé d’autant de nœuds que de branches. Il fut un temps où les portes du vieux Bordeaux étaient réalisées en pin mais peintes en imitation chêne. C’est dire.
Peu à peu les mentalités évoluent. Aujourd’hui il ne finit pas qu’en planches, en papier ou emballages, étant de plus en plus utilisés par l’industrie dans ses petites longueurs exploitables. Les professionnels du secteur, soutenus par des laboratoires de recherche dédiés, rivalisent d’ingéniosité pour donner ses lettres de noblesse au pin maritime et valoriser le peuplier, le châtaignier et chêne qui sont les autres arbres qui peuplent les forêts de la région sur plus de deux millions d’hectares.

Tradition et innovation

La diversification des débouchés de la filière bois local passe par la porte d’entrée de nos maisons. Décoration et ameublement n’ont plus à souffrir la comparaison avec ces bois qu’on dit exotiques ou qu’on allait chercher dans le grand Nord. Au point de vue bilan carbone c’est un sacré argument. Mais il n’est pas le seul. « Le pin maritime présente de belles qualités mais pendant longtemps nous ne savions pas l’utiliser », assure Arnaud Marechet, responsable menuiserie aux Ateliers Saint-André (Asa). L’entreprise, située à Blanquefort (Gironde), à fêté son quarantième anniversaire l’an dernier. Fondée par le compagnon du devoir Henri Chevalier, la SARL compte aujourd’hui une trentaine de salariés et présente un chiffre d’affaire qui ne cesse de croître (8 500 000 euros). « Nous essayons d’allier tous les jours les techniques traditionnelles de la menuiserie avec les matériaux les plus innovants pour répondre à des marchés qui vont des plus courants aux plus osés. On maitrise aussi bien la transformation par thermoformage des résine de synthèse (Corian) que la réalisation des escaliers courbes en bois massifs de nos anciens », poursuit le menuisier. Parmi les réalisations spectaculaires de l’entreprise on peut citer la loge du nouveau stade de Bordeaux, réalisée en panneaux de particules bois de récupération ou de culture local (mélaminé de chez EGGER, installé à Rions des Landes), la porte cochère d’un grand magasin de Paris Opéra en chêne du Périgord, l’agencement d’un hôtel cinq étoiles dans le Lot-et-Garonne avec notamment des panneaux MDF en pin des Landes de chez MEDILAND (groupe FINSA). Asa possède de gros clients mais ne prive pas de travailler, via des intermédiaires, pour des particuliers. Bardages de mur ossature bois en piquets de clôture de châtaignier de Dordogne, portes de chais en bois de douelles de tonneaux recyclé, mobilier massif traditionnel en chêne facilement reproductible en pin maritime pour du particulier ou utilisation de contreplaqué de chez Allin, fabriquant local en essence de peuplier cultivé dans la région, font partie de l’offre des Ateliers Saint-André.
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Air du temps

Spécialiste de l’agencement, Asa travaille avec des architectes et designers pour des réalisations qui peuvent prendre place chez monsieur et madame Toulemonde. Tout récemment, commandités par les concepteurs de l’Atelier collaboratif bordelais Zelium, les menuisiers ont donné vie à la table basse « tambouret » à monter soi-même sans outil. Ce mobilier original est en contreplaqué de chez Rolpin, autre entreprise qui transforme dans le sud ouest des bois régionaux. Sur le même principe, et toujours pour les Ateliers Zelium, ont été usinées des pièces « Event », type « Lego » pour des mobiliers modulables. Avec une centaine de pièces, le particulier peut monter le meuble qu’il veut après avoir acheté les plans sur internet. Autant d’exemples qui démontrent, s’il en était besoin, que le bois, même transformé, est dans l’air du temps. S’il est local c’est encore mieux. Il permet à toute une filière régionale, avec près de 60 000 emplois, de tirer son épingle du jeu. La clé du succès : avoir su marier tradition et modernité.

Jacky Sanudo