Trouver un T4 ou un T5, à l’achat comme à la location, relève de la gageure. Explications

Texte : Gabriel Blaise / Photo : David Le Déodic

« J’ai reçu tout à l’heure quelqu’un, avec un revenu très confortable, qui cherche un logement avec 4 chambres à louer à Pau. Eh bien, malgré un budget de 1 500 €/m2, c’est encore très compliqué… » À l’image de Christian Lassalle, de l’agence indépendante Marguerite de Navarre Immobilier, dans le centre-ville de la cité royale, les professionnels de la pierre observent avec circonspection le marché des « grandes » surfaces, au-delà de 100 m2. Dans une ville où le taux de vacance est dans tous les esprits – la résultante de deux décennies de fuite des habitants vers la périphérie –, on pourrait croire que les nouveaux arrivants trouveraient sans peine des biens de tous types. Il n’en est rien. Le temps a fait son oeuvre. Nombre de maisons et surtout d’immeubles vieillissants ne sont plus aussi accueillants qu’autrefois.

SITÔT RÉNOVÉ, SITÔT LOUÉ
« On voit énormément d’immeubles des années 1960-1970 peu entretenus, que les gens ne veulent pas vendre aux prix du marché, qui restent bas (voir page suivante) », poursuit Christian Lassalle. Et, si les pouvoirs publics multiplient les dispositifs d’aide à la rénovation, l’ensemble du parc peine à se renouveler. « Résultat, ce qui est rénové, plus encore si c’est de bon goût, ça part très vite. C’est une niche. » Et ceux qui ne trouvent pas chaussure à leur pied finissent… en périphérie, dans des pavillons forcément plus vastes pour un même budget.

La problématique touche les familles avec enfants, mais pas uniquement. « On voit de plus en plus de retraités qui ont vendu leur bien à l’extérieur, sur les coteaux de Jurançon par exemple, et qui cherchent un appartement vaste et confortable en centre-ville. Mais quand ils voient qu’avec les 400 000 € d’une maison de 170 m² avec terrain ils ne trouvent que des 100 m², sans extérieur… Et à 70 ou 75 ans, on ne se lance plus dans un achat où tout est à refaire du sol au plafond ! »

FRÉMISSEMENT
La demande, pourtant, est là et bien là. « On observe un frémissement, un retour vers le centre-ville depuis l’année dernière, que ce soit des jeunes ou des gens d’un certain âge, qui veulent pouvoir tout faire à pied, assure Lara Khripouchine-Lemaire, commerciale à la Béarnaise Habitat. Dès qu’on rénove, c’est loué dans la semaine… » Le bailleur est par ailleurs impliqué dans plusieurs projets via sa filiale, la Société immobilière et d’aménagement du Béarn (Siab, également issue de l’aménageur public Sepa), qui n’hésite plus à aller jusqu’à la commercialisation de certains des biens pour mener la mission de revitalisation du centre que lui ont confiée les collectivités (la Ville de Pau et la communauté d’agglomération Pau-Béarn-Pyrénées). En témoigne la future Villa Margot, un ancien hôtel particulier qui, après travaux (pas moins de 650 000 € hors taxes), sera divisé en plusieurs logements, comprenant notamment trois T4 de 100 m², avec prestations haut de gamme. Les prix, environ 2 700 € le mètre carré, les placeront sur le haut du marché, mais gageons qu’ils trouveront preneurs.

LES CHIFFRES
1 430 € : Le prix moyen du mètre carré dans les appartements anciens à Pau
-21,2% : La baisse des prix dans l’ancien depuis dix ans
800 : le nombre de ventes en 2018 dans le centre ville, soit 30% de plus que l’année précédente