Cinq designers au top

Le bois est une matière noble que les designers de la région aiment travailler dans une approche contemporaine mais éternelle.

1. Jean-Louis Iratzoki
La sobriété heureuse
Dans la famille de Jean-Louis Iratzoki, le père est menuisier. Le frère ? Menuisier, en plus d’être prototypiste. D’ailleurs, les deux frères travaillent ensemble. Autant dire que le designer basque a le bois inscrit dans son code génétique. Ce n’est sûrement pas un hasard si l’atelier de conception, installé à Ascain (64), abrite toute l’équipe dans une cabane… en bois. Diplômé en architecture d’intérieur à l’école Boulle à Paris, puis en design industriel à l’école expérimentale de Madrid, Jean-Louis Iratzoki ouvre son atelier au Pays basque en 2008. Depuis son « refuge », il travaille pour le compte d’entreprises, petites ou grandes, tant au niveau du design que de la direction artistique. Parmi ses collaborations actuelles, citons la société Alki, avec laquelle il travaille le bois massif, du chêne français principalement issu du Poitou-Charentes, sous toutes ses formes depuis 2005; tandis qu’avec Treku, il travaille le plaquage du bois sur différents panneaux. Le designer basque signe aussi des créations chez Retegui, Mendi, Sokoa…
Chaque fois, il imprime son style sobre, épuré.

2. Caroline Gomez

Poésie et tendresse
On ne présente plus le travail tout en délicatesse, en douceur et en poésie de cette créatrice installée à Bordeaux, à la fois designer, directrice artistique, photographe… « Après mon master en design et couleurs, je suis partie en Suède. C’est là que j’ai découvert le travail du bois, dans une approche contemporaine », raconte-t-elle. Voilà qui inspire celle qui privilégie les « matières naturelles » : le bois donc ¬ hêtre, charme, chêne ou frêne ¬, issu des forêts françaises, le cuir et la porcelaine. Côté bois, naissent ainsi les collections Snack, des planches en bois de hêtre ; Contre, des étagères et du petit mobilier épousant les murs ; Daily, des outils de cuisine en bois ; Pöl, des accessoires de bureau en cuir et bois… Mais aussi des lampes, peignes, tables basses… Des objets auto-édités, fabriqués artisanalement en France et « en quantité raisonnée », vendus en ligne depuis 2010 ou chez Ö design, à Bordeaux.
Son style ? « Un design très épuré, pour des objets fonctionnels qui doivent traverser le temps et les utilités. D’où le peu de couleurs », précise la créatrice.
www.carolinegomez.com

3. Thibaut Damblanc

Joue l’épure avec Tadd
Au départ Thibaut Damblanc est compagnon menuisier, diplômé d’architecture d’intérieur de l’école supérieure nationale des arts appliqué et des métiers d’art Olivier-de-Serres. En 2012, il fonde son atelier de design Tadd studio, basé à Bègles (33). Son travail s’articule autour du bois, donne la part belle au chêne local, et exploite aussi les matériaux composites en complément. Sa démarche créative s’appuie sur « la perception de l’objet, son ergonomie et son utilité » pour déployer un univers épuré, apaisant, très scandinave. Le succès étant au rendez-vous, Thibaut Damblanc est à l’aube de nouveaux projets. Bientôt une boutique en plein centre de Bordeaux ; un e-shop enrichi fin novembre aux côtés de sept designers français; une nouvelle collection pour la maison d’édition JD, etc.
www.taddstudio.com/shop

4. Dircks

Le bois en héritage
Pour Dircks, le bois est une évidence. Inscrite dans les gènes des deux frères, Thomas et Martin, depuis huit générations. Mais l’aventure du design s’est, elle, construite au fil des années et de leur parcours : Martin, ébéniste, a complété sa formation par un diplôme en design et produit. Thomas, lui, au départ vient de l’univers du graphisme, du jeu vidéo, de la 3D et du dessin animé. Tous deux associent leur savoir-faire et lancent Dircks Wood Design : un atelier d’ébénisterie et de design d’édition. Objectif : aménager les espaces, mais aussi, concevoir, fabriquer et vendre du mobilier – tables, tabourets, fauteuils, lampes et désormais des accessoires culinaires. En bois, bien sûr, chaque objet étant décliné dans trois essences différentes, chêne, frêne ou noyer. A choisir selon le goût et le budget.
Si Martin et Thomas Dircks ont fini par quitter, tout récemment et non sans mal, l’atelier caudérannais du grand-père au fond du jardin familial pour rejoindre le centre ville bordelais, et gagner en visibilité, ils restent proches de l’aïeul, auquel ils viennent de rendre hommage en créant la chaise « Benaise ». Une expression de patois charentais (« bien à l’aise ») si souvent entendue dans cette famille ancrée dans le Sud Ouest…
Dircks, 35 rue Ausone à Bordeaux. www.dircks.fr

5. Hurlu design

Rien n’est perdu
Hurlu design, c’est d’abord une rencontre. Entre Laura Iriart – formée aux arts appliqués et au design – et Arthur Trichelieu – diplômé en génie mécanique. Et l’envie de créer ensemble. Premier projet, premier succès, le Coffin, un cercueil écologique pour les animaux de compagnie, tout en cellulose et poésie : sur la tombe biodégradable, poussent un arbre et des fleurs. La gamme BEC, bois et cuir, fait aussi un carton. Idée de départ, née à l’atelier bordelais d’Eco solidaire : tirer parti du bois de rebus, en l’occurrence des caisses de vin de la société Adam à Saint-Médard-en-Jalles (33). Des planches pleines de défaut dont Hurlu design fait des lampes sur pied d’abord, des baladeuses ensuite et, dès cet automne, des appliques. Depuis, la gamme BEC s’est étoffée : un plateau, un porte-cartes a suivi, et avec les chutes, des règles et des équerres… Et bien d’autres collections encore, dans des matériaux divers. Avec Hurlu, rien ne se perd, tout se transforme en design et en succès.
Hurlu design, agence de design bordelaise www.hurludesign.com
Aude Ferbos